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Ixelles AVEC l'eau, pas CONTRE l'eau

Publié le 26 septembre 2018
RĂ©digĂ© par 
rouyetyv

L’Ă©quilibre hydraulique et topographique de la vallĂ©e du Maelbeek est extrĂȘmement fragile. Avec le changement climatique, les pluies torrentielles et inondations vont se multiplier. « Et pourtant, on continue de construire en fond de vallĂ©e, Ă  impermĂ©abiliser les sols, Ă  fragiliser les talus. Si on ne change pas radicalement notre maniĂšre de penser et faire la ville, nous courons Ă  la catastrophe« , s’inquiĂšte le conseiller communal Yves Rouyet, gĂ©ographe urbain par ailleurs. Des villes avant-gardistes comme Bordeaux l’ont bien compris (illustration ci-dessus le projet Brazza). Et si on faisait d’Ixelles un modĂšle bruxellois innovant de gestion des eaux urbaines ?

La riviĂšre Maelbeek prend sa source dans l’Abbaye de la Cambre. Elle a creusĂ© une profonde vallĂ©e qu’on identifie aisĂ©ment dans le paysage, notamment grĂące aux Ă©tangs et aux rues en forte pente que les cyclistes ixellois connaissent bien. Le Maelbeek a toujours Ă©tĂ© une eau vive, hyper rĂ©active aux intempĂ©ries, dĂ©bordant rapidement de son lit.

A gauche : carrefour rue Gray, rue de la Levure et rue Wery, inondations 1978 © EGEB au centre : situation Google 2017 et à droite : Carrefour Abbaye de la Cambre photo © Yves Rouyet.

Un plan communal de gestion des eaux urbaines

Le quartier de la rue Gray et de la place Flagey (un ancien Ă©tang transformĂ© en place publique) est une zone inondable. Pendant plus d’un siĂšcle, on a bĂ©tonnĂ© les rues et les intĂ©rieurs d’Ăźlots, ne permettant plus Ă  l’eau de s’infiltrer. Lors des orages, l’eau ruisselle le long des rues trĂšs pentues (chĂ©e Ixelles, Vleurgat, Malibran, Brasserie, etc.) et provoque des inondations. La rĂ©ponse apportĂ©e par les pouvoirs publics fut, jusqu’Ă  prĂ©sent, essentiellement infrastructurelle : on a enfui et canalisĂ© le cours d’eau dans un collecteur sous la rue Gray et on a rĂ©alisĂ© un vaste bassin d’orage sous la place Flagey (30.000mÂł qui rĂ©pondent aux pluies trentenaires).

« Dans les discours officiels, le Maelbeek a toujours Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme un danger contre lequel il fallait se prĂ©munir. Et pourtant, la riviĂšre fut historiquement notre amie : elle a permis le dĂ©veloppement Ă©conomique d’Ixelles grĂące aux viviers amĂ©nagĂ©s par l’abbaye et aux brasseries qui y puisaient l’eau pure. c’est au bord des Ă©tangs que s’est Ă©rigĂ© le premier noyau villageois », rappelle Yves Rouyet.

illustration : la carte Ferraris de 1777

Pour Audrey Lhoest, cheffe de groupe Ecolo au conseil communal ​ »la​ tendance Ă  la minĂ©ralisation Ă  tous crins​, que l’on peut observer sur tout le territoire rĂ©gional, et la bĂ©tonisation de la chaussĂ©e d’Ixelles et (bientĂŽt) de la place Fernand Cocq sont, une fois de plus, l​’​exemple Ă  ne pas suivre!« .

ECOLO propose de rĂ©aliser un plan communal de gestion de l’eau urbaine. En dĂ©veloppant le principe de la solidaritĂ© de versant : rĂ©aliser des amĂ©nagements en amont, dans des quartiers qui ne sont jamais inondĂ©s, pour prĂ©server les quartiers situĂ©s en aval. Toitures vertes, citernes de rĂ©cupĂ©ration d’eau de pluie, permĂ©abilisation des voiries, plantations d’arbres… Et surtout : arrĂȘter de construire sur les terrains encore en pleine terre, comme les zones de potagers par exemple. Les plus grandes villes du monde ont compris l’urgence. Shanghai, par exemple, a dĂ©veloppĂ© le projet de « ville Ă©ponge ».

Pour Milena Valachs, candidate d’ouverture du quartier Flagey, « vu sous un angle positif, l’eau de pluie peut constituer un Ă©lĂ©ment ludique du paysage urbain : rigoles, cascades, mĂ©andres, fontaines. Ce type d’amĂ©nagements serait particuliĂšrement bienvenu dans un quartier qui manque cruellement d’espaces de jeux ».

Dans certains villes, on prĂ©voit dĂšs le dĂ©part des espaces publics pouvant exceptionnellement ĂȘtre inondĂ©s.

Par ailleurs, les cours d’eau, remis Ă  ciel ouvert et leurs berges vĂ©gĂ©talisĂ©es, les Ă©tangs, les mares, les noues et fossĂ©s de rĂ©cupĂ©ration de l’eau de pluie sont des milieux d’une grande richesse de biodiversitĂ©. Dans le sud de la Commune, les espaces ne manquent pas pour rĂ©aliser ce type d’amĂ©nagement, mĂȘme le long des trottoirs.

Construire sur pilotis

Lorsque l’on creuse en fond de la vallĂ©e du Maelbeek (rue Gray, rue Kerckx…), on perce la nappe phrĂ©atique. Le chantier catastrophique du n°50 de la rue Kerckx en est un parfait exemple. Les fondations sont totalement remplies d’eau, malgrĂ© le pompage depuis… 2 ans ! Le talus est fragilisĂ© et une dizaine de maisons alentours sont fissurĂ©es…

Pour rĂ©aliser l’avenue de la Couronne, on a vers 1880 rĂ©alisĂ© d’immenses remblais de terres. Toucher Ă  ces remblais constitue un risque Ă©norme pour la stabilitĂ© de nombreuses habitations.

ECOLO propose, entre autres, d’Ă©tudier un plan d’urbanisme pour la vallĂ©e du Maelbeek qui imposerait la construction sur pilotis pour toute nouvelle construction. « Courants aux USA et au Canada, les quartiers d’immeubles sur pilotis commencent Ă  se dĂ©velopper en Europe« , signale Yves Rouyet. Un des plus bel exemple est le quartier Brazza Ă  Bordeaux, dans le lit inondable de la Garonne : 5.000 logements sur pilotis !

Outre qu’elle prĂ©munit la maison des inondations, la technique des pilotis est Ă©cologique puisqu’elle permet de limiter l’utilisation du bĂ©ton et que l’impact sur le sol est limitĂ© Ă  quelques pieux.

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