Est-ce du "socialisme moderne" que de s’en prendre aux plus pauvres ?

C’est avec plaisir que j’ai entendu, le 14 mai sur la RTBF (Matin Première), l’interview de Philippe Moureaux. Son choix musical : « Peuple impopulaire ». Il expliquait que ce texte de Victor Hugo chanté par Patrick Bruel symbolisait bien la volonté des puissants de culpabiliser le peuple et de lui reprocher d’être une masse d’«assistés».
Le vice-président du PS a raison de dénoncer tous ces porte-voix de l’idéologie libérale qui répètent sur tous les tons que les pauvres « n’ont qu’à » faire les efforts nécessaires, « bien gérer leur budget » et que « qui veut travailler peut ».
Comme j’aimerais que ce dirigeant socialiste convaincu puisse être entendu par tous les mandataires de son propre parti, en particulier ceux qui exercent des mandats au sein des CPAS, à Ixelles en tous cas.
Interrogé sur Ecolo, Philippe Moureaux a l’honnêteté de concéder que ce parti est de gauche, mais il ajoute « un peu élitiste », « qui a participé à cette attaque contre l’assistanat, s’est inscrit dans ce climat de peuple impopulaire ».
Si Philippe Moureaux pouvait suivre les travaux du CPAS d’Ixelles, il constaterait que ce sont les socialistes (évidemment soutenus par le MR) qui y mènent l’offensive contre les plus faibles : ils se tracassent plus de contrôle que d’aide sociale et n’hésitent pas à rappeler aux usagers qu’ils vivent aux crochets de la collectivité locale. Et les Ecolos qui tentent d’être « frères de ceux qu’on accable, qu’on frappe et qu’on foudroie » se font traiter de naïfs et d’imbéciles par des collègues socialistes.
Que fait un président socialiste, si ce n’est rendre le « peuple impopulaire », quand il se répand dans les médias sur le thème de la fraude dans son CPAS, jetant tous les usagers dans le même sac ? Pour quelques situations de fraude effectivement scandaleuses, il cherche à faire oublier les centaines de personnes dont la vie est marquée par la précarité, à masquer le fait qu’il est impossible de vivre – hors logement social – avec un revenu d’intégration inférieur au seuil de pauvreté. Pour survivre, il reste le plus souvent à se « débrouiller » comme on peut.
Hasard du calendrier ? Le matin de l’interview de Philippe Moureaux , la RTBF a fait sa « une » sur un système prétendument frauduleux au CPAS de Schaerbeek. Selon un conseiller socialiste, encore un, Van Gorp, dont le passé n’était – il est vrai – pas spécialement à gauche avant son transfert au PS, le CPAS encouragerait les usagers à se déclarer fictivement séparés pour y percevoir un taux isolé (711 €) plutôt que cohabitant (474 €). Encore un bobard : l’Auditorat du travail, après enquête, a déclaré qu’il n’y avait aucun élément permettant de parler de fraude.
Chaque fois, c’est le peuple qui est montré du doigt… par des socialistes ! Dans les CPAS, les mandataires Ecolo portent avec force le social. Heureusement, parfois aussi, aux côtés des mandataires socialistes.
Sur le même thème, vous pouvez relire la « carte blanche » que j’avais publiée dans Le Soir du 28 février 2007, à l’occasion du trentième anniversaire des CPAS. Ce que j’y écrivais reste d’actualité. Cliquez ici.
Anne Herscovici – le 17 mai 2009